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"Le Roman comique" de Paul Scarron

martedì 31 gennaio 2012


Paul Scarron (1610-1660)

Né dans une famille de magistrat, il entra dans les ordres à l'âge de 19 ans. Bossu et souffrant de ruhmatisme, il obtint une petite rente comme "malade de la reine". Scarron était un romancier (Le roman comique, son chef d'oeuvre), dramaturge ( Le virgile travestie), et poète (Recueil de quelque vers burlesque). C'était un auteur mordant et malicieux. 

Le Roman comique - publié en 1651 (pour la première partie) et 1657 (pour la seconde), c'est le chef d’œuvre du roman picaresque français-  raconte l’histoire d’une troupe de comédiens en tournée dans la région du Mans. À la fois réaliste et burlesque — le roman, au XVIIe siècle, est considéré comme un genre bas, ou vulgaire —, le livre de Scarron s’accorde aux personnages — les comédiens étant considérés comme des gens de peu, voire des êtres méprisables juste destinés à faire rire. Centrée autour de la troupe, d’où émergent quelques figures pittoresques — Mademoiselle de l’Étoile, le Destin, la Rancune et Ragotin, type du petit bourgeois ridicule et mesquin —, l’intrigue assez leste du roman est l’occasion pour Scarron de dépeindre les mœurs provinciales. Le romancier, surtout, nous fait partager les aventures à rebondissements des différents protagonistes (intrigues amoureuses, vie de la troupe durant les étapes) en s’inspirant de la construction à tiroirs des récits baroques. Le succès toujours renouvelé du Roman comique vient notamment du style foisonnant, de traits d’esprit, de détails burlesques et parodiques, et des intrusions constantes de l’auteur dans la narration : Scarron se moque de son propre texte, intitulant les chapitres : « Qui ne contient pas grand chose » ou « Qui contient ce que vous verrez si vous prenez la peine de le lire ». Ses interventions désinvoltes provoquent le sourire du lecteur et résonnent aujourd’hui de façon étonnamment moderne. Le titre de l’ouvrage, le Roman comique, est ainsi à la fois un commentaire du ton du livre et une indication de son sujet : la vie des comédiens. 

Vous ne vous sentez[u] pas attirés par la littérature du XVIIème siècle[/u], n'y voyant que des bonhommes bien sages et bien sérieux toujours occupés à règlementer la littérature ? Vous pensez qu'il n'y avait alors que Racine, Mme de la Fayette et compagnie, et qu'il n'y a donc plus grand chose à voir à cette période ? (Je précise que j'aime beaucoup Racine et Mme de la Fayette.) Vous trouvez l'histoire de la littérature bien trop lisse ? Alors, [g]je vous recommande de découvrir le personnage de Scarron[/g]. Il est aujourd'hui surtout connu pour sa légendaire infirmité et pour le destin de la jolie demoiselle qu'il épousa en 1652 et qui n'est autre que la future Madame de Maintenon. Mais Scarron est aussi un homme de lettres qui écrivit nouvelles, pièces de théâtre et autres récits burlesques.


Je souhaitais lire ce livre afin d'avoir un contrepoint à ma lecture de la Clélie, roman héroïco-galant qui lui est contemporain. Et à ce titre, j'ai visé juste. Scarron se propose, dès son titre, de réaliser quelque chose que les œuvres de[u] Mlle de Scudéry[/u] ou celles de ses collègues ne veulent absolument pas faire : parler de la réalité, de la vulgaire et simple réalité, celle des petites gens. [u]Elle est loin l'atmosphère des salons mondain[/u]s où l'on recherche les plaisirs raffinés d'une conversation réglée ; Le roman comique nous introduit dans le quotidien d'une troupe de comédiens ambulants et traîne son lecteur d'auberges en tripots, en passant par des campagnes reculées et des scènes improvisée au beau milieu des places publiques. Roman comique, au sens où il parle des comédiens, il l'est aussi par opposition aux tendances du roman de l'époque, entrant presque en contradiction avec le terme de "roman", genre qu'on essaie alors de légitimer en le définissant comme une épopée en prose. Là n'est pas la démarche de Scarron. Les premiers mots du roman placent d'ailleurs l'ouvrage sous le signe de la raillerie et du burlesque : c'est la première flèche (et non la dernière) décochée au roman héroïque, et à son ton jugé grandiloquent :

" Chapitre premier. Une troupe de comédiens arrive dans la ville du Mans.

Le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course et son char, ayant attrapé le penchant du monde, roulait plus vite qu'il ne voulait. Si les chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent achevé ce qui restait du jour en moins d'un demi-quart d'heure ; mais au lieu de tirer de toute leur force, ils ne s'amusaient qu'à faire des courbettes, respirant un air marin qui les faisait hennir et les avertissait que la mer était proche, où l'on dit que leur maître se couche toute les nuits. Pour parler plus humainement et plus intelligiblement, il était entre cinq et six quand une charrette entra dans les halles du Mans."

Qu'en est-il alors, de cet ouvrage ? Ce qui marque assez fortement à le lecture, en premier lieu, c'est son humour. La lecture du Roman Comique provoque souvent le rire : situations ridicules et personnages grotesques parsèment l'ouvrage de bout en bout. Il y a en particulier la figure de Ragotin, "petit homme veuf d'une petite femme, qui avait une petite charge dans une petite juridiction" qui, au fil des chapitres, est tour à tour écrasé par deux comédiennes et un sac d'avoine après avoir chu dans l'escalier, enfermé dans un coffre, dénudé avant de croiser un convoi de religieuses et d'être enlevé et ligoté par de parfaits inconnus, poursuivi tout nu par des abeilles en colère, poussé dans les égouts au terme d'une bataille lors d'un spectacle de théâtre, sans cesse maltraité par ses camarades qui, plutôt que d'éprouver une quelconque pitié pour ses malheurs, ne peuvent s'empêcher de rire, voire de participer à ses multiples disgrâces. Le portrait me semble assez éloquent. Les ridicules qui semblent parsemer le roman sont d'ailleurs renforcés par les multiples interventions d'un auteur espiègle, qui se plait à balader son lecteur, brouillant les pistes. "Peut-être que je fais dans mon livre comme ceux qui mettent la bride sur le col de leurs chevaux et les laissent aller sur leur bonne foi. Peut-être aussi que j'ai un dessein arrêté ..." Lecteur, à toi de te débrouiller ! Scarron n'hésitera pas non plus à donner des titres clin-d'oeil à ses chapitres, comme le chapitre 11 de la première partie qui s'intitule : "Qui contient ce que vous verrez, si vous prenez la peine de le lire". J'ai donc ressenti beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman au style enlevé qui prête souvent à sourire.

Mais Le roman comique n'est pas pour autant dépourvu de romanesque. Histoires enchâssées, extraordinaires facilités de scénario, enlèvements divers, combats et course s poursuites sont légion dans ce petit ouvrage. Sans compter les origines mystérieuses de nos héros comédiens, Le Destin et l'Etoile, jeunes amoureux sans doute issus de bonne famille et qui ont fui dans une troupe de comédiens. Il y a plusieurs histoires intégrées dans la trame du roman, récits rétrospectifs de l'histoire des héros, ou récits racontés par des personnages secondaires. Ces derniers, souvent inspirés de nouvelles espagnoles, donnent l'occasion à des histoires d'amour et d'aventure, avec de jeunes filles déguisées en hommes, des enlèvements, des fausses morts et des rivalités entre frères. L'univers du rêve et de l'illusion n'est donc pas bien loin et ces héros fictifs viennent contrebalancer les aventures burlesques de nos comédiens. On remarquera d'ailleurs que le roman cherche instaurer un rythme particulier, compensant les passages comiques et les histoires fictives, en faisant se succéder récits d'héroïsme et bagarre dans les auberges et en montrant des péripéties inouïes ... Dans un monde comme dans l'autre. On verra en effet que les enlèvements, les courses poursuites et autres combats ne sont pas absents de la vie quotidienne de la troupe. Ils ne sont juste pas traités avec le même ton ...
J'ai apprécié aussi, au cours de ma lecture, la plongée dans l'univers de la province et dans la vie le quotidien chaotique des comédiens ambulants, ballotés de villes en villes, soumis aux demandes et aux conditions extérieures.

Le roman comique est finalement une œuvre riche et divertissante. Singulièrement vivante, aussi. Si les longues analyses du cœur humain, les discussions sur le sentiment amoureux, si les romans et nouvelles galants ne vous ont jamais tentés, jetez quand même un coup d'œil vers Scarron, ce bonhomme oublié des histoires littéraires et des cours de français : il a peut-être quelque chose d'autre à vous offrir ...

L’Histoire comique de Francion, de Charles Sorel (1623-1633)
La première version du roman a été écrite à l’âge de 20 ans par le jeune Charles Sorel, qui fréquentait alors assiduement ses aînés, Théophile de Viau, Saint-Amant et Boisrobert ; le personnage de Francion a très certainement été inspiré par celui de Théophile dans la Première Journée, de même que le pédant Hortensius doit sans doute beaucoup  à Sydias, c'est-à-dire à Guez de Balzac.

Quoi qu’il en soit, le roman tout entier obéit à une construction rigoureuse, qui raconte l’histoire d’un jeune noble désargenté, Francion, dans son évolution vers un épicurisme plus sage, plus intériorisé… et plus prudent, à l’image de celle d’un Théophile de Viau.

La seconde partie du roman (Livres IX-XII) reprend en miroir – c'est-à-dire en l’inversant – la première (livres I- VII) : Francion commence par rechercher Laurette, la femme sensuelle et purement charnelle ; cette histoire culmine avec la fête chez Raymond, la possession de Laurette et le désenchantement qui s’ensuit, et le départ vers une autre femme, Nays, qui symbolise, elle, la pureté et la stabilité. Et le roman s’achève, au livre XII, avec la résolution de Francion de rester désormais fidèle à Nays.

L’Histoire comique de Francion, comme l’ouvrage de François du Souhait, reprend parfois tels quels des récits comiques venus des conteurs du XVIème siècle ou même des Fabliaux ; mais Sorel les intègre à un récit cohérent, et parfois leur donne un nouveau sens.
Peut-on parler de « roman réaliste » ? La société dépeinte se réduit bien souvent à des clichés, sur les paysans, uniformément lourdauds et obtus, sur les femmes, inévitablement sensuelles et rusées… La ville, notamment la géographie parisienne, est un peu mieux décrite que la réalité paysanne, et le roman fourmille de détails « vrais » sur la vie quotidienne, les costumes, les mœurs.
Mais le roman porte surtout témoignage d’une crise de société : Francion, qui veut incarner les valeurs nobles, est littéralement révulsé par l’omniprésence et l’importance nouvelle de l’argent ; il en refuse le pouvoir, préférant parfois rester pauvre, mais libre. Les biens ne servent qu’à être dépensés.




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