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"LA VAGABONDE" de Colette

giovedì 2 febbraio 2012

Roman
Renée Néré est une femme de lettres qui a été mariée au peintre Taillandy, un rustre coureur de femmes, qui l’a bafouée publiquement pendant des années. Elle déserte cet enfer et tente de refaire sa vie comme mime de music-hall. Elle aime l’atmosphère de la scène, notamment grâce à son partenaire, Brague, qui la conseille et la stimule. Elle est devenue «la vagabonde», l'artiste entraînée à travers les villes de province et de l'étranger au hasard des engagements ; vagabonde sentimentale aussi, femme seule qui fuit toute attache sentimentale ; déclassée encore qui a vu s'éloigner d'elle ses anciens familiers, choqués par ses exhibitions sur les planches ; malheureuse enfin qui a gardé de ses avanies conjugales une vive défiance à l'endroit des hommes et de l'amour. Elle peut écarter les séducteurs de toute occasion, vivre sage. Mais grandissent l'ennui, la lassitude d'être seule, le besoin d'affection, bientôt aussi forts que sa défiance. Sa belle-soeur, Margot, trop bonne et dépouillée par tout le monde mais lucide, lui prédit sans cesse qu’un jour elle retombera amoureuse. Effectivement, Maxime Dufferrein-Chantel, un industriel, jeune bourgeois riche et distingué, admirateur congédié mais qui ne s'est point découragé, lui fait une cour fervente et respectueuse, qui finit par la toucher. Il connaît assez les jeux habiles, tantôt pressants, tantôt délicats, de la conquête,  pour profiter du réveil de la femme chez Renée, de cet irrésistible besoin d'aimer qu'elle comprimait depuis des mois. Leur liaison est heureuse : Maxime s'y adoucit, Renée y retrouve la paix et l'équilibre. Et, pourtant, elle ne tarde pas à découvrir le goût amer du second amour, gâché par l'incessante comparaison avec le premier : elle s'effraie de deviner chez un amant pourtant si empressé la même mâle volonté de dominer qui l'écoeurait chez Taillandy, elle craint de se réveiller un jour de nouveau prisonnière. Or voici que l’imprésario Salomon lui propose une magnifique et longue tournée en province. Elle accepte et part, après avoir promis à Maxime de l’épouser à son retour. Mais les plaisirs du voyage ressaisissent «la vagabonde» et, revenue, elle part pour l’Amérique du Sud après lui avoir écrit qu’elle veut rester libre, même au risque d’être malheureuse. Elle reprend la fuite incessante qui lui donne sa liberté ; c'est bien moins un homme qu'elle fuit, que l'homme, le démon de l'amour, tout ce qui la pourrait attacher, enchaîner.
 
Extrait
«Allons ! C'est mon tour. Ma petite pianiste rachitique est à son poste. Je roule autour de moi, d'une main que le trac rend nerveuse, le voile qui constitue presque tout mon costume, un voile rond, violet et bleu, qui mesure quinze mètres de tour...
Je ne distingue rien, d'abord, à travers le fin treillis de ma cage de gaze. Mes pieds nus, conscients, tâtent la laine courte et dure d'un beau tapis de Perse ... Hélas ! il n'y a pas de rampe ...
Un bref prélude éveille et tord la chrysalide bleuâtre que je figure, délie lentement mes membres. Peu à peu le voile se desserre, s'enfle, vole et retombe, me révèlant aux yeux de ceux qui sont là, qui ont tu, pour me regarder, leur enragé bavardage...
Je les vois. malgré moi, je les vois. En dansant, en rampant, en tournant, je les vois, et je les reconnais !»
 
Commentaire
L’autrice, qui avait divorcé en 1906, s’était évidemment représentée dans Renée Néré, tandis que Taillandy était évidemment Willy, que Brague était, en fait, Georges Wague, le professeur de danse de Colette, que Hamond était Léon Hamel (ami silencieux, amoureux d’elle sans doute, mais qui tint à rester son confident), que «la petite Jadin» était Fréhel, que le comique Cavaillon était Maurice Chevalier. Elle fit revivre l’atmosphère chaude, colorée et odorante des scènes populaires où elle s’était produite, les critiques les plus perspicaces ayant décelé le regret qu'elle avait d'utiliser seulement en toile de fond décorative ce monde qui lui tenait tellement à coeur. Surtout, dans cette œuvre, supérieure aux “Claudine”, rendant plus pudique sa description des relations amoureuses, elle approfondit son investigation psychologique tout en restant fidèle aux grands thèmes de ses livres précédents, “La retraite sentimentale”, “Les vrilles de Ia vigne”. ) à des personnages mi-ressemblants, mi-inventés, Colette .Sa sensibilité fut ici plus douloureuse, mais garda toute la pudeur habituelle de l'expression, dédaignant autant qu'auparavant les grands élans romantiques, les larmes et les attendrissements. L’héroïne fuit devant l’amour qui «n’est pas un sentiment honorable». Le dénouement pourrait être désolé, comme la séparation de Léa et de Chéri ; mais peut-être est-ce au contraire une victoire de l'amour, ainsi arrêté à son point de perfection, avant l'heure des reproches et des regrets?
Colette s’y souvenait des nombreuses trahisons de Willy : «Mon dieu ! que j'étais jeune et que je l'aimais cet homme-là ! et comme j'ai souffert !». Marquée encore par ce grave mécompte sentimental, désemparée, elle se connut et se jugea, poursuivit une lucide analyse de soi, pesant les raisons d'un échec, et les moyens d'y parer, tentant de se forger des armes contre son désarroi.
Le roman obtint des voix pour le prix Goncourt et plaça Colette au premier rang des romanciers français.
Une pièce en fut tirée où elle joua en 1926. Elle contribua activement à l'adaptation cinématographique, le film étant tourné à Rome, en 1917, avec Musidora, l’une des premières vedettes du cinéma muet, et sortant à Paris en 1918. En 1929, elle travailla à une nouvelle adaptation, et, en 1931, participa au tournage.
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Sans que Missy s’en soit émue, Colette eut une brève liaison avec Auguste Hériot, qui était l’héritier, avec sa soeur, des Grands Magasins du Louvre. En novembre 1910, elle se rendit avec lui à Naples ; en février 1911, à Nice. Ils se séparèrent à la mi-1911.
Depuis décembre 1910, elle collaborait au journal  “Le matin”. Elle y rencontra et apprécia un des deux rédacteurs en chef et codirecteur, Henry de Jouvenel des Ursins, qui, né en 1876, était légèrement plus jeune qu’elle. Il la trouvait «têtue, obstinée et assez bourrique». Comme il l’avait emmenée avec lui lors de l’arrestation de Bonnot et de sa bande, elle écrivit un article sur l’évènement où elle décrivit ce qu’elle avait vu, c’est-à-dire rien, car la police maintenait la foule à distance ; mais elle évoqua avec tant de vivacité l’ambiance qui régnait sur place, concluant : «Je m’en vais à mon tour vers Paris, pour y savoir à quel drame je viens d’assister.» que, trouvant l’article bien écrit, il le fit publier en première page du “Matin”, la prévenant cependant : «Ne vous avisez pas d’écrire sur la politique !»
Ainsi commença, avec celui que, en hommage à son physique mâle, elle appelait Sidi, une liaison qui lui fit enfin découvrir l'amour fusionnel, l'équilibre sentimental. Mais elle était unie aussi à Missy et à Hériot. Lassée de cet imbroglio, en mars 1911, elle partit en Tunisie avec une amie, Lily de Rême. À son retour à Paris, elle fut menacée par la maîtresse qu’avait Jouvenel, Mme de Comminges,  qui lui avait donné, en 1907, un fils, Renaud. Elle n’était pas pour rien surnommée «la Panthère». Alors que Colette et son nouvel amant s’étaient vus à Lausanne se produisit une aventure qu’elle raconta en une longue lettre à Léon Hamel : «Savez-vous qu’en rentrant à Paris, Jouvenel avoue à la Panthère qu’il aimait une autre femme? Là-dessus, elle déclare qu’elle tuera cette autre femme, quelle qu’elle soit. Éperdu, Jouvenel me transmet cette menace, à quoi je réponds : “J’y vais”. Et j’y vais. Et je dis à la Panthère : “C’est moi, la femme.” Là-dessus, elle s’effondre et me supplie. Courte faiblesse, car deux jours après, elle annonçait à Jouvenel l’intention de me zigouiller. Re-éperdu, Jouvenel me fait enlever par Sauerwein en automobile et m’accompagne, avec Sauerwein toujours, à Rozven où nous trouvons Missy glaciale et dégoûtée, qui venait de recevoir des nouvelles de la Panthère. Puis mes deux gardiennes me quittent et Paul Barlet (secrétaire de Willy mais ami de Colette) monte la garde, revolver au poing, autour de moi. Missy, toujours glaciale et dégoûtée, fout le camp à Honfleur. Peu de temps (trois jours) après, Jouvenel me rappelle auprès de lui par téléphone, et Sauerwein vient me prendre en auto, parce que la Panthère rôdait pour me trouver, armée aussi d’un revolver. Ici commence une période de semi-séquestration à Paris où je fus gardée comme une châsse précieuse par la Sûreté et aussi par Jouvenel, Sauerwein et Sapène, ces trois colonnes du “Matin”. Et croyez-moi si vous voulez, cette période vient seulement de prendre fin, close par un évènement inattendu, providentiel et magnifique ! Las de s’exercer chez Gastinne-Renette, M. Hériot et Mme la Panthère viennent de s’embarquer sur le yacht “Esmerald”, pour une croisière de six semaines au moins, après avoir étonné Le Havre, port d’attache, par des soûlographies notoires. Est-ce bien? est-ce théâtre? un peu trop n’est-ce pas?»
Colette vécut désormais avec Jouvenel, dans son appartement parisien du 57, rue Cortambert. Cela entraîna la rupture avec Hériot et avec Missy à laquelle elle ne voulait pas faire de peine, lui promettant : «On continuera à se voir. Après l’amour vient l’amitié.» Sido, qui avait soixante-seize ans, refusa d'entreprendre le voyage de Paris pour aller voir sa fille, parce que son cactus rose allait fleurir et que cela n'arrivait que tous les quatre ans !
Mais Jouvenel n’avait pas de fortune personnelle, ne vivait donc que de son traitement au “Matin”. Colette continua donc à jouer : au Ba-Ta-Clan, dans une pantomime, “La chatte amoureuse”, et à la Gaieté-Montparnasse, dans un mimodrame, “L'oiseau de nuit”, avec Georges Wague et Christine Kerf. À une camarade, elle confia alors orgueilleusement : «Et puis, qui te dit, au fait, que je néglige la culture physique? J’ai une nouvelle méthode, voilà tout. La méthode Sidi. Pas de cours public. Leçons particulières, bougrement particulières.» En juin 1912, elle participa avec lui au voyage inaugural du dirigeable “Clément-Bayard”. À ses côtés, elle collabora au “Matin”, étant :
- d’une part une journaliste qui, en fait, avait un regard et une plume d’écrivain : elle donna des critiques théâtrales où elle jugeai le spectacle du point de vue d’une spectatrice, avertie, certes, contrairement à ses confrères qui exprimaient des points de vue théoriques, où elle  traita non seulement des productions proprement théâtrales, mais aussi des revues à grand spectacle à qui elle réserva ses métaphores les plus éblouissantes ; des critiques cinématographiques où elle prit au sérieux ce qui n’était alors encore considéré que comme un phénomène de foire ; des chroniques judiciaires où elle rendait compte surtout de l’ambiance du tribunal, obligeant à aller chercher ailleurs les informations ; des reportages, où elle se plaçait aussi sous l’angle d’une spectatrice anonyme ;
- d’autre part, une écrivaine donnant des contes où apparut Clouk, personnage proche du futur Chéri, différent toutefois par sa veulerie. 
Elle dirigea aussi une rubrique du journal intituée “Contes des mille et un matins”, où elle s’appuyait sur sa pratique d’écrivain pour sélectionner les auteurs.
Bien que Meg Villars lui ait fait subir de nombreuses déconvenues (dont Colette devait le consoler), Willy se remaria avec elle.
En août, Colette séjourna dans la famille d’Henry de Jouvenel des Ursins, au château de Castel-Novel, à Varetz (Corrèze), près de Brive.
Le 25 septembre 1912, Sido, que Colette, toute à ses amours, délaissa beaucoup en fin de parcours, s'éteignit sans la chaude présence de sa fille qui n’assista pas non plus à son enterrement (elle n’a d’ailleurs jamais assisté à un enterrement, ayant dit tout au long de sa vie : « La mort et moi, nous ne nous sommes jamais toisées ») Mais, dès lors, elle fit de sa mère «un personnage qui peu à peu s'est imposé à tout le reste de mon œuvre».
Peu de temps après, elle annonça à Jouvenel : «J’ai le mal de neuf mois, un enfant de toi. Je ne me suis jamais sentie maternelle, même pas aujourd’hui.». Il décida : «Nous allons nous marier. D’accord, la vagabonde?» Elle continua à jouer tant que sa grossesse le lui permit, quittant alors la scène qui, pour elle, comptait plus que l’écriture car elle éprouvait véritablement un plaisir physique à faire du mime.
Le mariage eut lieu le 19 décembre, Léon Hamel étant le témoin de Colette.
L’année 1913 fut féconde, sur le plan littéraire et sur le plan personnel :
- dans le journal, à l’occasion d’un reportage sur un congrès politique, elle stigmatisa la présence des femmes, se livra à une charge antiféministe : à ces «politicailleuses exaspérées», elle disait souhaiter qu’elles retrouvent «un charme qu’elles dédaignent et pourtant très féminin, qui serait fait d’incompétence, d’embarras, de silence». Pour elle, les féministes «méritaient le fouet et le harem».
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