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LE JANSÉNISME

venerdì 3 febbraio 2012



LE JANSÉNISME

Le mot de jansénisme désigne une réalité historique confuse, car c’est un terme polémique créé dans le but de faire condamner par le pape les « disciples de saint Augustin ». Ils l’ont toujours récusé.

Origine de la Contre-Réforme catholique, le Concile de Trente (1545-1563) fixe la doctrine de l’Eglise sur deux points, qui sont à la source de la crise protestante : la prédestination et la grâce. Il affirme les deux thèses de la liberté de la volonté humaine avec sa capacité de faire le bien, et de la nécessité du secours de Dieu, la grâce, pour permettre à l’homme pécheur d’accomplir ses commandements ; mais le Concile ne décide rien sur la manière de les concilier. Deux courants théologiques s’y essaient en sens contraires. On appelle souvent humanistes chrétiens ou molinistes les docteurs qui insistent sur la capacité de l’homme de faire le bien par ses propres forces ; les plus audacieux sont les Jésuites, parmi lesquels l’Espagnol Molina qui va si loin qu’il paraît retomber dans les anciennes erreurs de l’hérésiarque Pélage, combattues par saint Augustin, sur la possibilité de faire son salut sans aide spéciale de Dieu.
Les augustiniens insistent au contraire sur la gravité de la blessure infligée au libre arbitre par le péché originel, irréparable sans une grâce divine spéciale. A l’université de Louvain, le théologien flamand Corneille Jansen (Jansénius) compose l’Augustinus, gros ouvrage sur la doctrine de saint Augustin, qui paraît en 1640, après sa mort.
En France, Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, fait figure de chef du parti dévot. Directeur des religieuses du monastère de Port-Royal, c’est un remarquable guide des consciences : son idée fondamentale, très augustinienne, est la nécessité du renouvellement intérieur de l’homme par la conversion du cœur. Il entre ainsi dans le vaste courant de renaissance de la piété que connaît le catholicisme français, à la recherche d’une foi plus personnelle que les formes de dévotion publiques et officielles. Une haute idée des devoirs du chrétien conduit les augustiniens à une rigueur morale souvent sévère, parfois à des retraites discrètes ou spectaculaires, consacrées à la conversion et à la recherche de la perfection. C’est à cet aspect que se rattacheront les Provinciales. L’influence de Saint-Cyran s’étend au groupe de laïcs et de prêtres qui vit aux Granges de Port-Royal des Champs, à proximité du monastère de la vallée de Chevreuse. Son opposition à la politique de Richelieu le conduit en 1638 à la prison de Vincennes. Il y confie la défense de l’Augustinus contre les « molinistes » (partisans de Molina) au jeune docteur Antoine Arnauld, parent de la mère Angélique, réformatrice de Port-Royal.
Les polémiques entre augustiniens et molinistes prennent un tour aigu en 1649, lorsque le syndic de la Faculté de théologie de Paris, la Sorbonne, Nicolas Cornet, demande la censure de sept propositions apparemment extraites de l’Augustinus : la première déclare que les commandements de Dieu sont impossibles aux justes, la seconde que l’homme pécheur ne peut jamais résister à la grâce de Dieu. Les augustiniens craignent que cette censure ne cache une ruse pour faire condamner saint Augustin à travers Jansénius. Arnauld et ses amis résistent fermement. Mais fin mai 1653, le pape Innocent X condamne cinq propositions attribuées à Jansénius. Les molinistes ont forgé le mot de jansénisme pour désigner une hérésie définie par ces propositions, qu’ils attribuent aux augustiniens. Ceux-ci, persuadés de la conformité de Jansénius avec saint Augustin, autorité indiscutée dans l’Eglise, n’en conviennent pas. Ils protestent donc sur la question de fait : les propositions sont-elles bien dans l’Augustinus ? et demandent qu’on les y montre. En vain. Sur la question du droit : ces propositions sont-elles hérétiques ? ils concèdent qu’elles sont erronées si on les isole de leur contexte, mais pensent que, dans la doctrine augustinienne, elles peuvent recevoir un sens tout à fait orthodoxe.
Le début de la crise des Provinciales est directement lié à ces disputes. Cette fois, c’est un ouvrage qu’Arnauld a composé pour défendre les jansénistes dans l’affaire Picoté, la Seconde Lettre à un duc et pair, qui est en cause : le très antijanséniste syndic de Sorbonne, Guyart, en demande la censure, sous prétexte qu’Arnauld a déclaré que, sur la question de fait, ayant lu l’Augustinus, il n’y a pas trouvé les propositions incriminées, et ne peut donc en conscience déclarer qu’elles y sont ; et que, sur la question du droit, le cas de saint Pierre reniant le Christ donne un exemple frappant d’un juste auquel la grâce a manqué et qui de ce fait a péché.
Quand en janvier 1656 Pascal écrit la 1ère Provinciale, il intervient surtout poussé par un mouvement d’indignation devant les intrigues scandaleuses par lesquelles les ennemis d’Arnauld, quoique d’opinions divergentes, s’accordent pour l’abattre. Mais il n’est pas un novice en théologie, comme le montrent ses Ecrits sur la grâce. Contrairement à une légende concoctée par les Jésuites et abondamment reprise ensuite, il n’est nullement dominé par les « docteurs jansénistes » ; dans le groupe de Port-Royal, il a une autorité comparable à celle d’un Arnauld. C’est un des maîtres de Port-Royal, et non un simple « secrétaire » ignorant. Il demeure fidèle jusqu’au dernier moment à la doctrine augustinienne ; la légende selon laquelle ses « derniers sentiments » l’en auraient détourné est une invention irrecevable.


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