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SAINT-EVREMOND, LIBERTIN ERUDIT

martedì 5 marzo 2013

Saint-Evremond1  (né vers 1614 et baptisé le 20 janvier 1616 à Saint-Denis-le-Gast et mort le 29 septembre 1703 à Londres) est un philosophe éminent du XVIIe siècle qui a consacré, sous des cieux divers, sa très longue vie aux armes et à l'écriture. Il a composé de travaux divers sur un éventail de sujets. 

 Saint-Evremond a formé sa pensée lors de l'étude de l'histoire et de l'écriture antiques. Par l'étude de l'histoire, il cherche à comprendre les événements contemporains. Elle lui sert de leçon. Non seulement il étudie les écrivains gréco-latins assidûment, mais également quelques érudits français attirent son attention. Comme moraliste, il s'intéresse surtout aux questions liées à la condition humaine. Il aime composer le portrait de l'Homme. Comme libertin, il critique la religion catholique et refuse d'accepter aveuglément les dogmes qu'elle impose. Il s'efforce également de représenter l'homme tel qu'il est et non plus tel qu'il se voit lui-même à travers l'image proposée par l'Eglise. Saint-Evremond comprend - et il est un des premiers de son temps-, que la vérité ne jaillit qu‟en s'opposant aux opinions communes à l'époque2. Dès lors, ses pensées étaient parfois considérées comme subversives.

 Voilà pourquoi, pour contrer une critique virulente, Saint-Evremond avertit son lecteur. Son opinion n'est qu'une opinion parmi d'autres et elle ne doit pas être suivie absolument : « Vous me demandez mon opinion sur les sciences où peut s'appliquer un honnête homme. Je vous le dirai de bonne foi, sans prétendre que personne y doive assujettir son jugement. » (EC, 55) En outre, il déclare ne rien dire de nouveau : « Je ne vous dis rien ici que d'autres n'aient dit devant moi.3». Il n'exprime jamais ses idées de manière explicite. Il dissimule ses véritables idées. Le libertin Saint-Evremond craint que ses pensées séditieuses ne peuvent pas toujours être affichées en plein jour : « Toute vérité n‟est pas bonne à dire, n‟importe quand, n'importe où, n'importe comment et à n'importe qui4». L'écriture en filigrane rend son texte subtil et extrêmement riche à la fois. Le lecteur parvient à discerner les pensées de l'auteur en lisant entre les lignes. C'est donc par la pensée spéculative, par la rhétorique et par un langage qui attribue à chaque mot une signification puissante mais subreptice, que Saint-Evremond se montre maître dans l‟art de la suggestion. Toutefois, ses écrits et le mode de vie qu'il y propose en filigrane, ne conviennent qu'aux érudits et aux savants capables d'interpréter les arrière-pensées. 

 Dans son autoportrait, Saint-Evremond se décrit comme « un voluptueux qui n'a pas moins d'aversion pour la débauche que d'inclination pour les plaisirs, un homme qui n'a jamais senti la nécessité ni connu l'abondance » (CT, 67). Par ces paroles, Saint-Evremond prouve qu'il désire trouver le juste milieu : non seulement le juste milieu entre la nécessité et l'abondance, mais également entre plaisirs et devoirs, entre réflexion abondante et réflexion divertissante. Trouver cet équilibre, et ne jamais tomber dans l'excès, constitue un élément essentiel de sa pensée, une sorte de fil rouge qui s'insère dans tous ses essais. Constamment préoccupé par la recherche d'un équilibre qui lui semble essentiel, balançant sans cesse entre deux extrémités, Saint-Evremond semble aller d'un extrême à l'autre. Ses pensées peuvent sembler contradictoires : elles changent parfois, d'un essai à l'autre, ne témoignent pas de grande stabilité. Mais c'est justement en réfléchissant sur les limites, en prenant en considération toutes les options possibles, que Saint-Evremond désire atteindre le bon équilibre. Et du même coup, il tient à avertir son lecteur qu'il n'est qu'un simple philosophe, et que, lui aussi, ne connaît pas la vérité.

 C'est d'ailleurs cela que Saint-Evremond veut démontrer: même par la réflexion, la vérité n'est pas à déceler. Il va tellement loin dans cette pensée qu'il propose de renoncer à la philosophie, idée assez surprenante pour quelqu'un qui compose des traités de philosophie.

 Nous commençons ce mémoire par un chapitre introductif sur le XVIIe siècle, les libertins et les moralistes. Ces deux mouvements contestataires et les troubles du XVIIe siècle sont présents dans les écrits de Saint-Evremond. Ensuite, nous passons aux écrivains qui ont marqué Saint-Evremond: Epicure, Gassendi et Montaigne. Ces auteurs ont tellement marqué Saint-Evremond que l'incorporation de leurs idées dans ce mémoire est indispensable. La liste de ses sources d'inspiration est évidemment plus large, mais nous nous limitons à ces auteurs. Tout en analysant les essais de Saint-Evremond, nous comparons sa pensée avec celle de ses « lumières ».

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1 A partir de maintenant, je fais référence à SAINT-EVREMOND, Condé, Turenne et autres figures illustres, 
Paris, Editions Desjonquères, 2003. (CT, p.) et à SAINT-EVREMOND, Entretiens sur toutes choses, Edition 
présentée, établie et annotée par David BENSOUSSAN, Paris, Editions Desjonquères, 1998. (EC, p.)

2 Philippe GARCIN, « La martingale de Saint-Evremond » dans Les Lettres Nouvelles n°46, février 1957, p. 214. 

3 Saint-Evremond cité par Jean-Charles DARMON, Philosophie épicurienne et littérature au XVIIe siècle en France, France, Presses Universitaires de France, 1998, p. 320.

4 Jean-Pierre Cavaillé, « Libertinage et dissimulation. Quelques éléments de réflexion » in Libertinage et 
Philosophie au XVIIe siècle, 5, Les libertins et le masque : simulation et représentation, Saint-Etienne, 
Publications de l‟Université de Saint-Etienne, 2001, p. 82.
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