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L’enseignement des langues étrangères en Belgique néerlandophone et la place institutionnelle du français

giovedì 22 maggio 2014

A l’échelle de la politique d’enseignement en Belgique néerlandophone1, la « didactique du plurilinguisme » est prise en compte même si elle n’existe pas sous ce nom, car le multilinguisme est un des objectifs affichés de l’enseignement des langues en Belgique néerlandophone, en tant que « multilinguisme de promotion ». Il s’agit là d’ailleurs d’un héritage très ancien, car la population flamande, tournée vers l’extérieur, riche de ses nombreux ports de commerce, possède une longue tradition de polyglossie. Ainsi, on apprend les langues plus tôt qu’en France -à partir de l’âge de 10 ans, en cinquième primaire (CM1)- on leur consacre plus de temps –3 heures en primaire, 4-5 heures au collège et au lycée-, et on peut en apprendre trois pendant sa scolarité : le français, l’anglais, généralement seconde langue étrangère, et l’allemand. Ce schéma correspond donc assez justement à ce que l’on attend de plus en plus dans les pays européens, à savoir favoriser le trilinguisme : une langue maternelle, une langue de voisinage (le français), une langue étrangère (l’anglais)2.
Cependant, ce multilinguisme de promotion est traversé par des rapports de force différents entre les langues enseignées, et notamment l’anglais et le français. En effet au niveau institutionnel, c’est la langue française qui domine l’enseignement des langues étrangères, étant donné que c’est obligatoirement la « première langue étrangère », donc apprise comme telle par tous les petits Flamands à partir de l’âge de 10 ans3. Le contact curriculaire avec le français est par conséquent beaucoup plus intense qu’avec l’anglais. En revanche, au niveau motivationnel et psycho-affectif, c’est l’anglais qui prédomine : une équipe de chercheurs de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) a réalisé en 2001-2005 une comparaison systématique de l’enseignement/apprentissage du français et de l’anglais dans le secondaire en Belgique néerlandophone, elle a notamment montré que l’anglais jouissait d’une grande popularité en tant que langue internationale et vecteur de la culture ado, tandis que le français lui, terni par d’incessantes luttes linguistiques et politiques, n’avait pas toujours bonne presse4. Au niveau institutionnel, le « multilinguisme de promotion » masque en fait l’existence d’une hiérarchie des langues, qu’en est-il au niveau des représentations qu’ont les enseignants de FLE de la langue qu’ils enseignent et de celles qu’ils parlent ?

Notes
1) En Belgique, l’enseignement public est géré par les Communautés, entités culturelles et linguistiques créées en 1970, et qui réunissent la Wallonie et Bruxelles sous l’égide du français (la Communauté française), la Flandre et Bruxelles sous l’égide du néerlandais (la Communauté flamande), et l’est de la Wallonie sous l’égide de l’allemand (la Communauté germanophone).
2) Voir l’ouvrage édité par la Conseil de l’Europe, Face à l’avenir : les enseignants en langue à travers l’Europe (2003).
3) Un décret voté en 2004 rend obligatoire l’apprentissage d’une langue étrangère dès 10 ans à partir de l’année scolaire 2004/2005 ; auparavant, l’âge de l’apprentissage obligatoire était fixé à 12 ans.
4) Voir Housen et al. (2003).
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