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«Les gens de qualité savent tout sans avoir rien appris.» Molière, Les Précieuses Ridicules

lunedì 26 maggio 2014

© Larousse : Préciosité nom féminin
1. Littér. Tendance au raffinement des sentiments, des manières et de l'expression littéraire qui se manifesta en France, dans certains salons, au début du XVIIe s.
2. Affectation dans les manières, le langage, le style.
Cette définition du dictionnaire apporte plusieurs précisions sur ce mouvement littéraire.
Tout d’abord l’époque : il s’agit du XVIIeme siècle, c’est-à-dire du siècle de Louis XIII puis de Louis XIV, le Roi-Soleil, siècle de grands écrivains comme Corneille, Racine, Boileau, La Fontaine ou Molière.
Ensuite, elle nous renseigne sur les domaines concernés par la préciosité, à savoir celui des sentiments, et en premier lieu de l’amour, bien entendu. Mais elle concerne aussi la façon de se comporter et de s’habiller, le langage et la mode donc, et, bien entendu la littérature elle-même.
D’autre part, elle fait allusion aux salons, lieux intellectuels par excellence, lieu de la discussion brillante, de la connaissance, et de la séduction. Ces salons était le domaine particulier des femmes de la haute société parisienne et sont caractéristiques du XVIIe et du XVIIIe siècle français.
Enfin, la deuxième définition introduit une nuance péjorative (qui diminue la valeur) dans cette définition. "Agir avec affectation" signifie «manquer de naturel dans la façon d’agir». En effet, très vite la préciosité sera critiquée et caricaturée, en particulier par Molière, à cause de ses excès.
©Encarta : Courant de pensée qui se développa au XVIIe siècle et se traduisit dans les mœurs aristocratiques par un comportement social, notamment amoureux, d'un raffinement extrême. Si la préciosité date du début du siècle, l'adjectif "précieuse" ne fut employé pour la première fois que vers 1650, pour désigner avec ironie les femmes de l'aristocratie (et dans une moindre mesure de la bourgeoisie) affectant dans leurs manières, leurs discours et leurs sentiments une délicatesse excessive. Il n'y eut pourtant pas que du ridicule dans cette mode, qui donna lieu à une vie intellectuelle et littéraire intense.
La préciosité est donc un mouvement littéraire et artistique du dix-septième siècle, concernant essentiellement les femmes. En effet, ces femmes de la noblesse considéraient que la vie à la cour du roi était peu raffinée, que les hommes étaient rudes et manquaient de manières. Elles recherchaient un langage et un comportement plus courtois. Elles désiraient, surtout, que l'on accorde plus de prix à leur personne. Pour cela, elles furent appelées les Précieuses.

Origines historiques de ce mouvement

On peut facilement se rendre compte de la grande place que tiennent les femmes dans le phénomène de la préciosité. Ce mouvement s’inspire en effet de la courtoisie du XIIe siècle, dans laquelle la femme exerce une sorte de royauté (voir le document suivant).
Avec l’avènement d’Henri IV, les guerres viennent de cesser et les esprits les plus fins déplorent la grossièreté de la noblesse, et regrettent le raffinement des derniers Valois (Henri II, Henri III).
En effet, la cour d'Henry IV puis celle de Louis XIII est plus sensible à la gloire militaire qu’à l’élégance et à la conversation. Le roi ne se passionne guère pour le ballet, par exemple (à l'inverse, plus tard, de Louis XiV, excellent danseur). Aussi, dans certains hôtels plarticuliers d’aristocrates se développe une cour parallèle dans laquelle on pratique des bals, des jeux et des divertissements littéraires. Cette vie mondaine plus raffinée séduit essentiellement les femmes, lassées des plaisanteries grivoises (vulgaires, à connotation sexuelle) et du comportement grossier de la cour royale.

Modèle de l'amour courtois, dans lequel la femme est respectée

Courtois (amour) code de relation définissant de manière particulière les relations entre amants aristocratiques, en Europe occidentale, pendant le Moyen Âge. Influencé par les idées contemporaines de chevalerie et de féodalité.
L'amour courtois a surtout été un fait littéraire, une fiction, même s'il se fonde sur de vrais comportements en société.
La tradition courtoise méridionale, nommée fin'amor aura de profonds retentissements sur notre culture. Cette tradition du fin'amor veut qu'un chevalier s'enflamme pour une femme mariée, de naissance aussi haute (ou plus haute) que la sienne, généralement l'épouse de son seigneur. Il doit prouver sa dévotion par des actions héroïques et des écrits amoureux présentés anonymement à sa bien-aimée. Ce jeu amoureux qui reste intellectuel et platonique (qui ne passe pas par l'amour physique) peut durer très longtemps et il est socialement admis parce qu'il reste secret, ensuite parce qu'il sert les intérêts du seigneur, dont les chevaliers restent fidèles de cette façon, et parce qu'il ne menace pas le mariage. L'amour courtois offre de cette façon aux hommes et, dans une moindre mesure, aux femmes, la possibilité d'échapper aux contraintes d'un mariage qu'on les a parfois forcés à contracter.
De l'amour courtois sont nés quelques-uns des plus beaux chefs-d'œuvre littéraires du Moyen Âge : Lancelot ou le Chevalier à la charrette (v. 1170) de Chrétien de Troyes, Tristan et Iseult (1210) de Gottfried de Strasbourg, le Roman de la Rose (v. 1236) de Guillaume de Lorris et les récits se rapportant à la légende du roi Arthur.
Le thème de l'amour courtois est repris et développé dans et la Divine Comédie (v. 1307) de Dante, ainsi que dans les sonnets du poète italien du XIVe siècle, Pétrarque.

Les salons

La jeune femme précieuse reçoit chez elle, dans sa chambre : à l'époque, ce n'est pas considéré comme inconvenant. Elle est allongée, sur le lit, au milieu de la pièce. Les hommes et les femmes qui lui rendent visite sont assis autour d'elle, dans l'espace entre le lit et le mur. Chacun, selon son rang, est assis sur une chaise, un tabouret, ou sur le sol... On nomme cet espace où se tiennent les invités "la ruelle".
Cette habitude de recevoir chez soi un public choisi et de se distraire de cette façon se nommera "tenir" ou "faire" salon. Les salons de la préciosité sont nombreux. Ils se situent pour la plupart à Paris, et dans le même quartier. Les femmes de la haute société parisienne reçoivent dans leur hôtel particulier, l'après-midi ou en soirée, à tour de rôle, une fois par semaine. Tous les salons ne sont pas précieux, cependant. Il en existe où l'on s'amuse simplement, de façon plus libertine, comme celui de Ninon de L'Enclos, une courtisane réputée...
Dans les salons précieux, on joue à des jeux de société, on rédige des poèmes, on parle de philosophie, de science, de grammaire ou d'amour. Ce dernier sujet est très prisé.
Vincent Voiture : Poète et épistolier français dont l'œuvre, caractérisée par sa préciosité, fut à l'origine de débats littéraires. Fils d'un riche marchand de vin, il reçut une solide éducation dans les meilleurs collèges. En 1628, il s'attacha au service de Monsieur, frère de Louis XIII ; il le suivit dans ses exils entre 1629 et 1632 mais ne perdit pas pour autant l'estime de Richelieu, et entra à l'Académie française en 1634 (voir Institut de France). Dès 1626, il fut l'homme le plus en vue de l'hôtel de Rambouillet. Il y pratiqua différentes formes d'écriture, poèmes de circonstances, poésies galantes ou de divertissement. Sa poésie était surtout destinée au petit cercle des intimes de Rambouillet. Le monde littéraire s'émut quand, un an après sa mort, les partisans de son sonnet Uranie s'opposèrent vivement aux tenants de celui de Benserade, Job (1649). Voiture fut ainsi à l'origine d'un long débat sur le " naturel " dans la littérature.
Ses œuvres, publiées en 1650, sont principalement composées de lettres, galantes ou mondaines. Voiture porta à la perfection l'art épistolaire, donnant un caractère spontané à des textes très travaillés.
Les activités sont diverses dans les salons précieux. L'on peut y pratiquer des jeux de société, des devinettes, ...
Mais le principal sujet de conversation est l'amour.
En effet, si la femme précieuse ne supporte pas la rudesse, elle n'est pas opposée à la séduction. Elle veut que l'homme exprime ses sentiments avec distinction, respect et patience : s'il sait preuve de toutes ces qualités, il peut espérer conquérir le cœur de la femme désirée.
Le modèle de l'homme idéal sera imaginé, et une carte de géographie sentimentale dessinera le chemin qui lui faudra parcourir pour atteindre, de façon métaphorique, le pays de Tendre, c'est-à-dire le cœur de sa belle : c'est la fameuse "Carte du tendre" ou "Carte du pays de Tendre".
Afin que vous compreniez mieux le dessein de Clélie, vous verrez qu'elle a imaginé qu'on peut avoir de la tendresse par trois causes différentes : ou par une grande estime, ou par reconnaissance, ou par inclination [...]. Cependant, comme elle a présumé que la tendresse qui naît par inclination n'a besoin de rien d'autre pour être ce qu'elle est, Clélie, comme vous le voyez, Madame, n'a mis nul village le long des bords de cette rivière, qui va si vite qu'on n'a que faire de logements le long de ses rives, pour aller de Nouvelle-Amitié à Tendre. Mais pour aller à Tendre-Sur-Estime, il n'en est pas de même : car Clélie a ingénieusement mis autant de villages qu'il y a de petites de grandes choses qui peuvent contribuer à faire naître, par estime, cette tendresse dont elle entend parler.
La femme précieuse, par ses vêtements, par son langage et par sa distinction servira de modèle à la femme du XVIIe siècle.
La préciosité est issue d'une réaction contre les mœurs grossières de la cour. Elle réunit des gens de lettres et des gens du monde, qui ont le même goût des raffinements du l'esprit, du cœur et des manières. Les vêtements et l'apparence ont une grande importance dans cet état d'esprit.
On peut noter l'abondance d'éléments décoratifs dans le costume masculin : rubans, dentelles, chapeaux flottants, pantalons bouffants, volants et couleurs vives... On peut supposer que l'homme parade, et cherche à attirer les regards sur son corps, qu'il met en valeur par une multitude d'accessoires qui seraient aujourd'hui considérés comme peu virils. Cet état de fait vient certainement de la Renaissance, et de cet épisode à la cour royale, où les hommes avaient du goût pour les hommes, et s'intéressaient moins aux femmes... Il y a même, sous Louis XIV, une tentative de se rapprocher du vêtement féminin en adoptant un long jupon nommé "rhingrave"!
Le costume féminin, plus sobre, masque les formes féminines grace à des attributs rigides portés sous la robe : corset, vertugale. Cependant, le luxe des étoffes, le travail de la dentelle, font de la mode un véritable art.
Par contre, curieusement, elle ne porte en général aucun sous-vêtement sous cette robe, malgré la tentative infructueuse à l'époque de la Renaissance (Catherine de Médicis) d'introduire le "pantalon" (caleçon long, attaché à la taille, moulant les cuisses jusqu'au genou) pour la femme au XVIème siècle...
"Porter la culotte" signifie encore bien "être un homme", et cette prétention des femmes à vouloir porter des vêtements considérés comme masculins sera critiquée et combattue.
La nudité, sous la robe, sera même l'objet de bien des aventures et mésaventures. La chute de cheval de Mme de La Fayette fera bien rire Louis XIV, par exemple. Scarron, l'écrivain burlesque, ou Voiture, en général plus sérieux mais boute-en-train réputé, raffolaient de ce thème comique.
Comme dans les autres domaines, les précieuses cherchent à se distinguer par leur langage. Le langage précieux, peu naturel selon les critiques, est hélas tourné vers l'exagération. On emploie de façon systématique des périphrases et des métaphores, des superlatifs et des hyperboles... On fabrique des adjectifs substantivés, on supprime les mots trop populaires ou considérés comme vulgaires simplement parce qu'ils contiennent une syllabe sale...
Il a été fréquemment cité quelques-unes des périphrases précieuses compliquées utilisées par les précieuses pour désigner les choses simples de la vie.
Il n'est en réalité pas certain que les Précieuses aient utilisé réellement ce langage peu naturel. Ce type de discours n'est trouvé en général que chez ceux qui s'opposent à la Préciosité, Somaize, l'abbé de Pure ou Molière (Voir les oppositions). Par contre, la langue précieuse est inventive, et nous avons hérité de nombreuses expressions ayant ce mouvement pour origine.
Les précieuses seront critiquées par plusieurs hommes et femmes de cette époque, et en particulier par Molière.
Celui-ci, dans les Précieuses ridicules, se moquera de leur langage et de leurs manières affectées. Il les accuse surtout de manquer de naturel, mais aussi de ne pas être de bonnes épouses et de bonnes mères.
La condition féminine est l'un des sujets controversés des réunions des précieuses. Les salons permettent en effet une sorte d'émancipation aux femmes de la bonne société, qui revendiquent le droit de savoir, et le libre choix d'un mari, par exemple.
En effet, elles se passent de l'avis masculin et parfois de sa compagnie, (même s'il est le bienvenu dans les salons, quand il est cultivé et qu'il a de la conversation), elles discutent d'art ou de littérature, d'astronomie et de sciences. Les plus audacieuses revendiquent même le droit au mariage à l'essai, et la possibilité de ne pas passer leur vie à faire naître et à élever des enfants. On peut donc considérer ce mouvement comme l'ancêtre du féminisme.
Il est à ce propos intéressant de constater que les précieuses les plus célèbres qui tiennent salon sont soit des célibataires, menant une vie de plaisir (Ninon de Lenclos) ou refusant de se marier (Mlle de Scudéry), soit de jeunes veuves riches (Mme de La Fayette, Mme de Rambouillet), qui refusent d'être à nouveau dépendantes des hommes, profitant de leur liberté et de leur argent.
Il n'est pas certain que Molière se moque de cette liberté d'esprit, mais plutôt qu'il raille, dans les Précieuses Ridicules (1659), puis les Femmes Savantes(1672), les formes caricaturales (imitation provinciale ou bourgeoise de la société parisienne) prises par ce mouvement qui influence plutôt positivement la vie sociale de l'époque. D'ailleurs, les gens du monde applaudirent ces pièces, et ne se sentirent pas directement visés.
Cette caricature peut cependant s'expliquer par l'inquiétude générale des hommes face à cette indépendance proclamée des femmes, au XVIIe siècle.
On peut donc espérer que Molière ne critique que les Ridicules, et non les Précieuses en général...
" C’est au cours des années 1660-1663 que, tout à coup, les critiques se multiplient. Les plus connues sont
La précieuse (1656-1658) de l’abbé de Pure,
le Dictionnaire des précieuses (1660) de Somaize
et surtout LesPrécieuses ridicules (1659) de Molière.
Mais il s’agit là surtout d’ouvrages qui s’attaquent aux excès et peignent des bourgeoises provinciales qui singent l’aristocratie parisienne. "
Au XVIIème siècle, se développe en France et particulièrement à Paris, un nouveau courant littéraire. Quels en sont les protagonistes et quel berceau le soutient ? 

Naissance des Salons :

La société des salons est née en Europe au, XVIIème bien que l'expression, à cette époque, ne soit pas parfaitement intégré dans les langages. La vie de coeurs est devenue si grossière, que les courtisants épris de politesse et conversation galante prennent l’habitude de se réunir dans quelques hôtels aristocratiques.
Les maîtresses des salons reçoivent souvent leurs hôtes dans une chambre, assises sur le lit. Les courtisans forment ainsi un cercle autour de la maîtresse de maison.

La Préciosité :La préciosité est née au sein des salons du XVIIème siècle. En effet, entre gens de bonne société, le désir de se distinguer passe avant tout : c’est vouloir « donner du prix » à sa personne et à son langage. Il est évidemment difficile d’étonner par l’originalité de la pensée. C’est pourquoi les précieux s’attachent surtout à la forme de leurs propos. Ainsi s’instaure un véritable « jargon » précieux. Les esprits recherchent les bons mots et des expressions peu communes.
Les richesses du vocabulaire par exemple sont source d’inspiration pour les précieux. On veille donc à épurer son style ; on renie les termes réalistes qui éveillent des images insupportables : « charogne, vomir, balai... ». Ceci amène à périphraser et faire preuve d’une grande ingéniosité. « les pieds : les chers souffrants, le fauteuil : les commodités de la conversation, les dents : l’ameublement de la bouche... ». Mais quand ces moyens ne suffisent plus à combler les belles dames, les néologismes en tous genres sont la preuve irréfutable d’un esprit hors du commun : « féliciter, enthousiasmer, savon, anonyme, incontestable... ».
Le principal sujet de discussion des précieuses est l’amour. Elles aiment la galanterie, les convenances respectées et l’amour romanesque. Néanmoins, la préciosité à son propre style littéraire ; le plus célèbre des romans fleuves est « l’Astrée » d’Honoré d’URFE.
Mais les autres grands esprits de l’époque attaquent les précieux sans « pincettes ». Notamment Molière qui, dans sa pièce « Les précieuses ridicules « dénonce les extravagances de mauvais goût. En effet, les dames comme Mlle de Scudéry portent des costumes chargés, voulant se distinguer même par l’habit. Elles portent des coiffures en pointe, à la picarde ou à la paysanne ; elles brandissent d’un air badin de petites cannes et abusent de rubans...les hommes ne sont pas en reste. En effet, la perruque longue, les plumes extravagantes au chapeau sont à la « mode ». Pour couronner le tout, on abuse de parfums et de fards.
De ce mouvement est donc né une nouvelle sensibilité littéraire qui a contribué à la formation de la langue française. Il est indéniable que les femmes ont joué un grand rôle dans son épanouissement. De même, le goût frustre de l’aristocratie de l’époque est remplacé par des comportements et des langages raffinés.

C Les Contrefaçons, ou la Préciosité Ridicule.

Malheureusement, les imitations dans d'autres salons, chez des grandes dames, qui souvent "en rajoutaient", chez de riches bourgeoises qui voulaient s'imposer, chez des snobinettes désireuses de paraître "in", chez les poétaillons cherchant protectrices ont donné des résultats carrément absurdes et inacceptables. Des dictionnaires, des modes d'emploi deviennent vite nécessaires.

Voici, tiré de l'un d'eux, une définition des précieuses, elles "sont des dames du grand monde qui se tirent du prix commun des autres, ... s'élèvent au-dessus du vulgaire par la dignité des moeurs, l'élégance de la tenue, la pureté du langage"... un programme ambitieux et risqué! Toute une grammaire, tout un glossaire se constituent. Le langage s'interdit les mots crus ou triviaux, on évite de dire les choses trop directement, on enveloppe les idées dans des formules compliquées, on se délecte de périphrases. La main est "la belle mouvante", les pieds, "les chers souffrants", le miroir, "le conseiller des grâces". Des adverbes nuancent le discours et surchargent les phrases. 

Dans ce monde précieux, où tout le monde est beau, admirable, hors du commun, on ne saurait jamais pousser trop loin les louanges, les superlatifs, les hyperboles. Chaque femme est la plus belle qu'on puisse rêver, chaque lieu le plus enchanteur, tout gentilhomme a des mérites infinis...

On imagine jusqu'à quel point d'irréalisme et de prétention peut conduire cet état d'esprit... C'est dans des romans-fleuves de plusieurs tomes que ces inventions donnent leur pleine mesure. L'Astrée, d'Honoré D'Urfé, les énormes volumes de
La Calprenède et de mademoiselle de Scudéry, qui dessina dans sa Clélie la célèbre Carte de Tendre, guide touristique des belles amours, étaient la Bible des apprenties précieuses. (ous la trouverez dans les Précieuses Ridicules des classiques scolaires).

Songez à la scène hilarante des Femmes Savantes (I-4) entre la vieille tante Bélise et le jeune Clitandre venu lui demander son aide pour obtenir la main de sa nièce. La bonne demoiselle toute nourrie de romans ne peut pas imaginer qu'on adore quelqu'autre qu'elle-même!
Égoïsme féminin, sentimentalisme et romanesque sans frein, voilà ce que les plus sottes apprenaient à la lecture des grands romans précieux, où de braves garçons bien sympathiques passaient des années à gagner les faveurs de jeunes femmes capricieuses.

Même le vieil Harpagon venant faire sa cour à la jeune Marianne se croit obligé de s'affubler de lunettes astronomiques! "
Je sais que vos appâts frappent assez les yeux, sont assez visibles d'eux-mêmes et qu'il n'est pas besoin de lunettes pour les apercevoir, mais enfin, c'est avec des lunettes qu'on observe les astres et je maintiens et garantis que vous êtes un astre, mais un astre, le plus bel astre qui soit dans le pays des astres."

Molière, dans sa première pièce sérieuse les "Précieuses Ridicules" présente deux jeunes personnes gâtées par leurs lectures et ridicules par l'imitation de leurs idoles, leur prétention, et leur manque de jugeotte. "
Le mariage, affirment ces perruches, ne doit jamais arriver qu'après les autres aventures" :

L'amant tombe amoureux, il est tout rêveur, il cache ses sentiments, il trouve une occasion de se déclarer, la jeune fille se fâche, le renvoie, il faut attendre, viennent des rivaux, il y a des duels, des enlèvements, des réconciliations... j'en passe et des meilleures...
Dans les années 1640 apparaît dans les salons un nouveau type de comportement, caractérisé par une recherche vestimentaire, une attention portée à la dignité des femmes et l’importance du bien parler ("la galanterie est un art de dire"). Ses figures de proue sont Voiture et Sarasin, ce dernier allant jusqu’à prôner l’égalité des styles et des thèmes contre la traditionnelle hiérarchie des genres.
Ce courant se prolonge dans la Préciosité, qui domine le monde culturel durant une décennie intense (1650-1660). L’épicentre en est le salon de Mademoiselle de Scudéry. La grande affaire des précieux est l’Amour, non pas l’exaltation des corps ou la passion ravageuse, mais un sentiment pur et idéalisé par lequel est célébrée une femme parfaite et inaccessible. Leurs écrits détaillent les différentes stratégies possibles pour l’amant, créant des itinéraires symboliques incarnés dans la célèbre "Carte du Tendre". Se voulant une aristocratie de l’esprit, donc membres d’une élite, les précieux cherchent à se distinguer par leurs vêtements, les artifices de leur apparence et surtout le brillant de leur conversation. Animés par des femmes, les cercles précieux ont des opinions hardies pour l’époque en ce qui concerne la situation du "beau sexe" dans la société.
L’importance du langage est primordiale . Rejetant les mots vulgaires, pédants ou anciens, les précieux parlent une langue travaillée, utilisant forces figures de style (hyperboles, pointes, métaphore), recherchant à la fois la précision et le superlatif. C’est le culte de la forme, exprimée dans des jeux de société (madrigal, blason, rondeau, portrait, bout-rimé, etc.).
Dès la fin des années cinquante, la préciosité est moquée (Les Précieuses ridicules de Molière date de 1659) et se délite. Ayant surtout œuvré dans des genres mineurs, il en reste peu de chose aujourd’hui. Néanmoins son influence sur le classicisme est importante, car elle a imposé la bienséance, l’analyse des sentiments, la précision de l’expression et la recherche de la perfection du langage.
A l'étranger, la France est vue comme le paradis des femmes. Cela pourrait paraître paradoxal quand on sait que celles-ci sont, toute leur vie, soumise à une tutelle masculine : leur père, puis leur mari (même celles qui rentrent au couvent ont un devoir d'obéissance envers la supérieure) ; exceptées lorsqu'elles sont veuves.
Alors, d'où vient cette réputation ? Elle tient à ce que les femmes en France ont parfaitement le droit de tenir salon ("ruelle") (la ruelle, espace entre le mur et le lit de la chambre à coucher où recevaient ces dames, a fini par désigner la chambre entière), et d'y recevoir qui elles veulent (y compris des hommes). Ce qui leur permet de réunir autour d'elles les plus grands esprits de leur temps.
Comme, c'est une banalité de le répéter, il est traditionellement admis que les femmes ont naturellement plus de délicatesse et de noblesse de manières, il était tout aussi naturel qu'elles donnassent (si si, c'est correct, j'ai vérifié !!) l'impulsion en imposant à leurs intimes la correction et le raffinement qu'ils ne demandaient qu'à développer.
C'est la raison pour laquelle il se forme, autour d'elles, des cercles mondains, où l'on a le goût du beau style et où l'on veut éviter tout ce qui est commun (vêtements, parler...).


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