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L'humanisme kantien et la Nature

lunedì 12 maggio 2014

Le kantisme renonce à dériver l'être naturel de l'être infini comme sa seule Critique de la Raison Pure décline cette recherche en définissant la Nature comme « la somme des objets des sens » (Inbegriff der Gegenstände der Sinne) coordonnés sous les Naturbegriffe de l'entendement humain. La Nature [102] dont nous pouvons parler n'est que la Nature pour nous; à ce titre elle reste l'objet auquel pensait Descartes; simplement, c'est un objet construit par nous.
manifestation possible, - mais ce n'est pas pour le reconnaître comme être brut et pour en entreprendre l'étude. La
Cependant Kant s'avance au-delà de cette philosophie anthropologique. L'organisme, où chaque fait est cause et effet de tous les autres, et en ce sens cause de lui-même, pose le problème d'une autoproduction du tout, ou plus précisément d'une totalité qui, à la différence de la technique humaine, travaille sur des matériaux qui sont siens, et pour ainsi dire émane d'eux. Il semble qu'on découvre dans un être du monde un mode de liaison qui n'est pas la connexion extérieure de la causalité, un « intérieur » qui n'est pas l'intériorité de la conscience, et qu'en conséquence la Nature soit autre chose qu'objet. Il n'y a pas à attendre, dit Kant, de nouveau Newton qui nous fasse comprendre par la connexion causale ce que c'est qu'un brin d'herbe. Comment fonder ces totalités naturelles ? Dira-t-on qu'il faut maintenir côte à côte, comme deux traits de la connaissance humaine, l'ordre de l'explication causale et celui des totalités ? Et que, localisés dans les phénomènes (toutes réserves faites sur les choses mêmes) ces deux modes d'appréhension sont tous deux légitimes et ne [103] s'excluent pas ? Mais le repli sur l'ordre humain des phénomènes évoque par définition un ordre des choses mêmes où les diverses perspectives humaines soient compossibles, puisqu'elles sont ensemble actuelles. Pour que l'explication causale et la considération du tout soient l'une et l'autre légitimes à titre définitif, il ne suffit pas de dire que la causalité et la totalité au sens dogmatique sont toutes deux fausses. Il faut penser qu'elles sont vraies ensemble dans les choses et fausses seulement en tant qu'elles s'excluent. L'idée d'un entendement discursif autorisé à ordonner notre expérience et confiné dans cette tâche implique au moins celle d'un « entendement non discursif » qui fonderait ensemble la possibilité de l'explication causale et de la perception du tout. La philosophie de la représentation humaine n'est pas fausse, elle est superficielle. Elle sous-entend une réconciliation de la thèse et de l'antithèse dont l'homme est le théâtre et dont il n'est pas l'agent.
Kant en dernière analyse ne suit pas cette voie qui sera celle de la philosophie romantique. Bien qu'il ait décrit avant Schelling l'énigme de la totalité organique, celle d'une production naturelle où la forme et les matériaux ont même origine et qui [104] par là conteste toute analogie avec la technique humaine, il ne fait décidément de la « fin naturelle » (Naturzweck) qu'une dénomination anthropomorphique, légitime d'ailleurs. Les considérations de totalité sont inévitables en tout sujet humain, elles expriment le plaisir que nous avons à constater un accord spontané entre la contingence de ce qui existe et la législation de l'entendement. Elles ne désignent rien qui soit constitutif de l'être naturel, mais seulement l'heureuse rencontre de nos facultés. La Nature, somme des « objets des sens », se définit par les Naturbegriffe de la physique newtonienne. Nous en pensons davantage à son sujet, mais ce ne sont là que des réflexions nôtres. Si nous voulions les réaliser en propriétés de la chose même, nous en serions empêchés par les échecs manifestes de la téléologie. La considération de la Nature sous ce biais donnerait tout au plus une « démonologie ». C'est dans le « concept de la liberté », et là seulement, c'est donc dans la conscience et dans l'homme que la conformité des parties à un concept prend un sens actuel, et la téléologie de la Nature est un reflet de l'« homme noumène ». La vérité du finalisme, c'est la conscience de la liberté. Le seul but de la Nature, c'est l'homme, [105] non qu'elle le prépare et le crée, mais parce qu'il lui donne rétrospectivement un air de finalité par la position de son autonomie.
Le kantisme qui renait à la fin du XIXe siècle est la victoire de cette philosophie anthropologique sur la philosophie de la Nature que Kant avait entrevue et que ses successeurs avaient voulu développer. Léon Brunschvicg pensait sauver le meilleur du kantisme en effaçant jusqu'au décalage entre la structure a priori de l'entendement et la facticité de l'expérience qui motivait chez Kant l'idéal d'un entendement intuitif et maintenait à titre d'énigme l'originalité radicale de l'être naturel. Mais le remède aggrave par ailleurs le mal : si, comme le dit Brunschvicg, nous n'avons plus le droit de parler d'une architectonique de la Nature, si les concepts de l'entendement participent à la contingence de l'expérience, s'ils sont toujours grevés d'un « coefficient de facticité » et liés à une structure telle quelle du monde, si nos lois n'ont de sens que sous la supposition de certains synchronismes dont elles sont l'expression et dont elles ne peuvent donc être la source, s'il y a, comme l'avaient entrevu les stoïciens, une unité brute par laquelle l'univers « tient » et dont celle de l'entendement humain est l'expression encore plutôt [106] que la condition intérieure, l'être de la Nature n'est décidément pas son être-objet et le problème d'une philosophie de la Nature reparaît.


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